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L’INGÉNIERIE ET LE CONSEIL AU CŒUR DE L’ÉNERGIE VERTE

Portrait

L’Ingénierie et le Conseil sont naturellement présents à toutes les étapes du projet de construction d’un bâtiment. En plus de leurs missions de planification comportant notamment l’étude de l’impact énergétique, ils interviennent dans la conception et le suivi de la réalisation, lors des audits énergétiques. Dans cet entretien, Nabil Benazzouz, Président de la Fédération Marocaine du Conseil et de l’Ingénierie (FMCI) nous livre sa lecture des enjeux et opportunités du Maroc, en matière de transition énergétique, au niveau local et à l’échelle du continent.

AM Architecture du Maroc
En tant que Président de la FMCI, quelle est votre définition du concept de transition énergétique ?

Nabil Benazzouz
Au delà du concept que connaît le monde entier à divers degrés d’acuité et d’urgence, la transition énergétique au Maroc constitue un choix stratégique dicté, d’une part, par une volonté de développer les énergies propres renouvelables abondantes et diversifiées préservant l’environnement national, régional et universel et d’autre part, par une nécessité d’atténuer sans délais l’impact de la facture énergétique sans cesse en hausse avec la croissance économique que connaît le pays et les fluctuations imprévisibles des hydrocarbures.

AM
Quel rôle joue la FMCI dans ce processus et comment se prépare-t-elle à la transition enérgétique ?

NB
Près de 600 sociétés opèrent dans le conseil et l’ingénierie et génèrent un volume d’affaires d’environ 4,5 milliards de DH par an. Plus de 250 des plus importantes d’entre elles concentrant 90 % de ce volume d’affaires adhèrent à la Fédération Marocaine du Conseil et de l’Ingénierie (FMCI). Elles emploient près de 10 000 salariés dont 65 % d’ingénieurs et de cadres universitaires et sont implantées sur tout le territoire national avec une concentration de 65 % pour les deux régions de Rabat et de Casablanca.
Le Conseil et l’ingénierie interviennent dans l’ensemble des projets d’investissement sous forme d’études, d’assistance technique, de contrôle ou d’essais portant sur la faisabilité, la conception, la réalisation et la gestion des projets, depuis leur implantation jusqu’à leur mise en service, voire leur exploitation et maintenance. La FMCI s’est auto imposée depuis 2010 un engagement volontaire de préservation de l’environnement et de développement durable.
En termes de transition énergétique et de développement durable de manière générale, et de par la nature de ses prestations, le Conseil et l’ingénierie se trouvent au cœur de tout effort visant la préservation et la valorisation du patrimoine urbain et infrastructurel. La FMCI s’est naturellement et volontairement engagée, depuis mars 2010, dans la préservation de l’environnement et le développement durable. Cet engagement est partagé avec les autres professionnels dans le cadre de l’Alliance nationale du Bâtiment durable, initiée à l’occasion de la COP21 par le Ministère de l’Habitat et de la Politique de la Ville en regroupant tous les professionnels de la construction : le CNOA, la FMCI, la FNBTP, la FNPI et concrétisée lors de la COP22 organisée à Marrakech. Au sein de son bureau national, s’active toute une commission dédiée à l’innovation et au développement durable. Une convention avait été signée avec l’ex-ADEREE (actuelle AMEE) pour la formation dans le domaine de l’efficacité énergétique.
La FMCI est membre du Conseil Economique Social et Environnemental « CESE » et de ce fait, force de proposition de textes et dispositions en relation avec les différents plans stratégiques, dont la transition énergétique.

AM
Quelles sont les avancées réalisées selon vous par le Maroc, notamment dans le domaine de l’habitat ?

NB
L’efficacité énergétique est considérée aujourd’hui comme une quatrième énergie après les énergies fossiles, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire. L’ambition du Royaume du Maroc est d’assurer une meilleure utilisation de l’énergie dans tous les domaines d’activité économique et sociale, compte tenu de la nécessité de rationaliser et d’améliorer la consommation de l’énergie pour répondre aux besoins énergétiques croissants de notre pays.
Au niveau mondial, le secteur du bâtiment représente 28% de la consommation d’énergie finale. Le bâtiment est le second secteur économique consommateur d’énergie après le transport. Au Maroc, il représente 25% de la consommation énergétique totale du pays, dont 18% pour le résidentiel et 7% pour le tertiaire.
Cette consommation énergétique est appelée à augmenter rapidement dans le futur, suite à l’évolution du parc d’habitation induit par les grands chantiers programmés : plan Azur de l’hôtellerie, programme d’urgence de l’éducation nationale, programme de 150 000 logements par an, programme de réhabilitation des hôpitaux, etc.
L’Efficacité Énergétique est l’utilisation rationnelle des ressources énergétiques : elle consiste à réduire au maximum la consommation d’énergie pour fournir un même service. Maîtriser la consommation en énergie, c’est mettre en place de bonnes pratiques pour aboutir à une diminution de la facture énergétique.
L’AMEE, en collaboration avec d’autres partenaires, a mis au point un code d’Efficacité Énergétique comprenant la Réglementation Thermique de la Construction au Maroc. Ce nouveau code concerne aussi bien le volet passif du bâtiment fixant les exigences de performance énergétique de l’enveloppe (isolation thermique  des parois, orientation, matériaux de construction…), que le volet actif (éclairage, climatisation, équipements électroménagers…).
Pour une application facile et efficace du RTCM, l’AMEE (Agence Marocaine pour l’Efficacité Energétique) a mis au point une carte de zonage climatique comprenant six zones climatiques distinctes. Elle a également développé un guide de bonnes pratiques de l’efficacité énergétique dans le bâtiment, à destination des maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, professionnels du bâtiment, et tout utilisateur potentiel. Il regroupe un éventail de pratiques et de gestes découlant du RTCM, relatifs notamment au choix de l’isolant thermique, à l’orientation des bâtiments, à la ventilation, aux systèmes de chauffage et de climatisation, à l’éclairage, aux chauffe-eau solaires thermiques, ainsi qu’au choix et à l’utilisation des équipements électroménagers.
Ces bonnes pratiques et gestes d’efficacité énergétique permettront à terme, une mise en place harmonieuse du RTCM. Ils garantiront dans le secteur résidentiel et tertiaire une réduction de la facture électrique, une diminution de l’impact environnemental, tout en favorisant un confort de vie optimal pour les habitants et les usagers.
La législation relative à l’urbanisme, « les règlements généraux de construction » doivent également fixer les règles de performance énergétique des constructions afin de garantir un meilleur bilan énergétique des bâtiments par zones climatiques en traitant, notamment, de l’orientation, de l’éclairage, de l’isolation et des flux thermiques, ainsi que des apports en énergie renouvelable afin de renforcer les niveaux de performance des constructions à édifier ou à modifier.
Les administrations et les établissements publics ainsi que les collectivités territoriales doivent respecter les normes de l’efficacité énergétique prévues par la loi lors des marchés publics, dont la liste sera fixée par voie réglementaire.

AM
Quelles seraient à ce jour les réelles opportunités pour le Maroc de servir d’exemple, voire de locomotive pour le continent ?

NB
La transition énergétique au Maroc est une décision stratégique aux enjeux importants. Ils sont bien évidemment politiques puisqu’il s’agit d’arriver à une plus grande autonomie énergétique de notre pays et d’assurer un développement équilibré à l’ensemble de ses régions. Ils sont également économiques, car notre pays vise à assurer une croissance économique forte et durable et un développement humain bénéficiant à tous ses concitoyens. Les enjeux sont aussi sociaux, car il s’agit de généraliser l’accès à l’énergie et d’en maîtriser le coût afin que le citoyen marocain soit le moins affecté par les éventuelles augmentations des prix.
Et enfin, les enjeux sont environnementaux puisque la démarche ambitionne de placer notre pays à l’avant-garde de la préservation de l’environnement et de la lutte contre les effets des changements climatiques.
Sur ce point, il est à signaler l’importance de partager des enjeux énergétiques communs avec les pays européens qui se sont engagés à augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale, à accroitre l’efficacité énergétique et à réduire les émissions CO2 d’ici à 2020.
Dans ce contexte, le Maroc a choisi de prendre les devants en mettant en œuvre, dès 2009, une stratégie énergétique à travers plusieurs actions : la mise en place d’un bouquet énergétique diversifié et optimisé, le développement à grande échelle des énergies renouvelables (solaire et éolienne), la promotion de l’efficacité énergétique et la mobilisation des ressources nationales fossiles.
D’autres pays ont également adopté des objectifs : le Sénégal avec 15% de pénétration des énergies renouvelables en 2020, suivi par le Ghana et le Mali avec 10% de pénétration  respectivement en 2020 et 2022. Le Nigeria quant à lui, table sur un objectif à 10% de la capacité électrique installée d’ici 2020, et la Côte d’Ivoire prévoyait 5% de pénétration des énergies renouvelables en 2015.
En 2010, le Maroc a fixé un nouveau cadre pour le déploiement des énergies renouvelables, lesquelles doivent représenter 20% de la production d’électricité d’ici à 2020. Le pays a créé un organe national : l’Agence Marocaine pour l’Energie Solaire (MASEN) afin de gérer les appels d’offres, en vue d’atteindre l’objectif fixé à 2 000 MW d’énergie solaire. La procédure d’adjudication pour l’usine électrique de 500 MW à Ouarzazate, peut-être l’un des plus grand projets d’énergie solaire thermique à concentration (combinée à du solaire photovoltaïque), a été bouclée.
Caractérisés par le retard économique, les Etats africains pour la grande majorité sont engagés dans des dynamiques de développement pour s’arrimer à la mondialisation. C’est ainsi que plusieurs ont fixé le cap de leur émergence à l’horizon 2025-2035. Etant entendu que l’accès à l’énergie est le pilier du développement économique car il conditionne les besoins de base (accès à l’eau, productivité agricole et industrielle, santé, éducation…), sa disponibilité apparaît comme capitale pour asseoir le développement. D’ailleurs, le conseil mondial de l’énergie conscient de cela a prévu « un triplement de la demande en électricité en Afrique entre aujourd’hui et 2035 ».

AM
Que pourrait apporter le Maroc sur le plan technique ?

NB
Le Maroc s’inscrit naturellement et historiquement dans une démarche de partage des atouts complémentaires avec les pays de la région et du continent. Son expérience pourra être très appréciée car développée dans un environnement socio-économique plus proche de la réalité du continent.
Dans ce sens, il pourra apporter son expertise dans les domaines de :
. L’Assistance à la rédaction des textes réglementaires,
. L’Assistance à la gouvernance de projets énergétiques,
. Les études d’impact énergétique,
. L’Assistance à la dévolution des offres internationales pour les installations d’énergie renouvelable,
. Le dimensionnement, l’installation et la maintenance des stations solaires de proximité,
. La construction durable des habitats résidentiels et à usage public,
. Le diagnostic et les audits énergétiques pour réduire la consommation en énergie.

Le bâtiment est le second secteur économique
consommateur d’énergie après
le transport. Au Maroc, il représente 25%
de la consommation énergétique totale
du pays, dont 18% pour le résidentiel
et 7% pour le tertiaire.

Étude d’impact énergétique
Objectifs fixés :
> Économie de 12% à l’horizon 2020
> Économie de 15% à l’horizon 2030
> Programmes ciblant en priorité les secteurs consommateurs : l’industrie, le transport et le bâtiment.

Contexte--croissance-soutenue-de-la-consommation-énergétique-

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