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VERS UNE APPROCHE QUALITATIVE DE NOTRE ARCHITECTURE MÉDICALE

Pascal-Andignac-NB

INTERVIEW
PASCAL ANDIGNAC

Le Maroc connait depuis peu l’apparition de nouvelles structures médicales édifiées dans le respect des meilleurs standards internationaux. Cette nouvelle donne met davantage en lumière les nombreux problèmes posés par notre infrastructure médicale jugée globalement insuffisante, et dont les normes et la qualité restent à améliorer. Avec l’émergence d’une maîtrise d’ouvrage spécialisée, le schéma évolutif de nos espaces médicaux serait plus d’ordre qualitatif que quantitatif et serait amené, à terme à s’appuyer sur une vision des soins centrés autour du patient (patient-centered care). C’est ce que nous explique Pascal Andignac, architecte et programmiste hospitalier.

Architecture du Maroc
Vous exercez au Maroc depuis une quinzaine d’années et avez participé à plusieurs projets d’envergure. Quel est l’état des lieux de notre infrastructure médicale ?
Pascal Andignac
Il serait quelque peu prétentieux de prétendre donner un diagnostic de l’infrastructure en quelques mots mais en résumant, nous pourrions dire que l’état des infrastructures est contrasté et que le meilleur côtoie encore le pire. Que ce soit dans le secteur privé ou dans le secteur public, les créations des cinq dernières années sont le plus souvent de bonne qualité mais sans pour autant respecter toutes les normes de qualité tandis que les structures anciennes sont encore le plus souvent de mauvaise qualité. Notons toutefois que certains opérateurs privés à Rabat et Casablanca ont consenti des efforts de mise à niveau de cliniques anciennes. Le Ministère de la Santé est, quant à lui, en phase finale du programme Maroc Santé III visant la réhabilitation et l’extension d’hôpitaux provinciaux et régionaux, à côté de la construction de nouveaux hôpitaux de second recours. Sur le plan des équipements biomédicaux la situation est différente car le pays possède un très bon niveau pour ce qui est des technologies.

AM
Nous assistons depuis quelques années à l’apparition de structures médicales aux meilleurs standards internationaux. Quel est le pourcentage de ces projets sur notre territoire et comment ont-ils vu le jour ?
PA
En effet, les structures hospitalières les plus récentes ont incorporé des standards de concep
tion, d’installations techniques, d’équipement biomédical et d’organisation hospitalière en ligne avec les pratiques et les orientations internationales. Pour l’instant, il s’agit d’un nombre très limité d’établissements de santé, concentrés principalement sur l’axe Rabat-Casablanca mais, ce qui est important, ce n’est tant le pourcentage de ces structures, mais l’effet d’entrainement et l’influence qu’elles exercent sur l’ensemble de l’écosystème hospitalier privé ; c’est-à-dire, plus de concurrence, plus d’investissements technologiques, plus de dynamisme dans le secteur.
Un projet hospitalier « aux meilleurs standards internationaux » est lourd financièrement et complexe à manager : il nécessite une vision stratégique et une planification à très long terme dans un contexte de stabilité macro économique, politique et juridique et d’un climat d’affaires favorable avec un « marché de soins » de taille suffisante et bien structuré. Une partie de ces conditions est d’ores et déjà  présente mais le marché est encore instable avec un cadrage réglementaire insuffisant et une atomisation des acteurs qui n’encouragent pas l’apparition de grandes structures privées de niveau international. Gageons que cela sera le cas d’ici à dix ans avec la mise en place de l’assurance maladie des indépendants et la prochaine publication de nouvelles normes de cliniques privées par le Ministère. Il restera cependant à mettre à plat la question de la nomenclature des soins médicaux et de la tarification de référence.

AM
Une nouvelle maîtrise d’ouvrage spécialisée dans le domaine médical serait-elle en train d’émerger ?
PA
Pour ce qui est de la maitrise d’ouvrage, quelques agences marocaines ont développé une expérience significative en conception hospitalière et des compétences certaines en architecture de la santé. Cependant, c’est l’amont qui fait encore défaut ! Les programmistes peinent toujours à s’imposer comme acteurs clefs des projets hospitaliers et leur intervention est trop souvent considérée comme superflue par des maîtres d’ouvrages qui pensent maîtriser les contours de leur projet. Nous sentons tout de même que le secteur est en train de muer avec une demande croissante en conseils de la part des promoteurs de projets.

Un projet hospitalier « aux meilleurs standards internationaux »
est lourd financièrement
et complexe à manager : il nécessite une vision stratégique
et une planification à très long terme dans un contexte
de stabilité macro économique, politique et juridique
et d’un climat d’affaires favorable avec un « marché
de soins » de taille suffisante et bien structuré.

Pour ce qui est des règles d’hygiène, les normes
nationales 
sont peu exigeantes et ne sont pas de nature
à pousser vers plus de sécurité. La prochaine
version des normes des cliniques privées devrait
amener un niveau d’exigence bien plus élevé.

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