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MAISONS D’ARCHITECTES

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De tout temps, c’est la maison qui a fait le plus réfléchir les architectes. En effet, les équipements, les bureaux, les commerces… répondent à des commandes élaborées, étudiées autour de problématiques économiques et techniques, en constante évolution. Tandis que la maison, elle, comporte les fonctions immuables et universelles comme : se loger, habiter, devenir une propriété à léguer et bien entendu y trouver son bonheur dans l’intimité du couple et de la famille.
La maison renvoie à la genèse de l’homme, à la notion d’abri, à sa culture, sa sociologie. C’est ce qui explique tous les moyens que chacun y déploie pour la réaliser en tant que fantasme, foyer, ou tout simplement lieu pour y finir ses jours. Confier une telle responsabilité à un architecte revient à lui demander d’offrir un espace à la fois étrange, onirique et unique. Ce futur propriétaire attend une œuvre qui le fait changer de vie tout en améliorant ses contours. Il peut écouter son conseiller mais peut aussi avoir des convictions tellement fortes qu’ils deviendront ennemis. Des couples se défont parfois lors de la conception de leurs intérieurs car ils réalisent leurs différences avec effroi. L’architecte assiste, silencieusement, à des scènes passionnelles qu’il devra calmer par des propositions nouvelles, auxquelles personne n’avait pensé auparavant. La femme veut évoquer la tradition à travers un salon « mwakar »
(cf Naima Lahbil page 20), l’homme voudrait construire la piscine de ses rêves ?
Les deux se voient entourés d’amis ? C’est à ces détails que l’architecte va s’accrocher pour concevoir la maison que ses habitants vont aimer. L’appropriation de l’espace maison s’effectue dès le tracé du mur de clôture, le marquage au sol, l’aménagement du jardin qui entre de plus en plus à l’intérieur. Viendra ensuite le choix des matériaux de finition, le mobilier, l’accrochage aux murs… Une foule de détails qui prendra le temps, focalisera la pensée, déliera les bourses, avant de se sentir enfin chez soi.
La maison d’architecte en pavillon est aujourd’hui un luxe. Remplacée par des ensembles à intérêt commun, elle a perdu son côté unique. On habite comme le voisin, dans un espace banalisé, rationnel, avec des équipements en partage et des commerces de quartiers.
Mais lorsque l’architecte construit pour lui-même, il ne manquera pas de faire comme Luis Barragàn au Mexique ou Frank Lloyd Wright au USA ou encore Jean-François Zevaco à Casablanca, mettre son atelier au cœur de sa propre maison.
Comment alors faire émerger sa personnalité profonde en tant qu’architecte, influencé par l’enseignement qu’il a reçu et la culture d’aujourd’hui en pleine crise identitaire ?
En convainquant son client que la part poétique qu’il apporte par sa créativité, est essentielle. Pour cela, l’architecte doit faire preuve de charisme que seule la connaissance offre.

Selma Zerhouni

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