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LES CONCOURS

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Au-delà de la créativité que suscite la compétition, le concours d’architecture a un rôle éminent à jouer pour l’avenir de la nation. Il doit couronner des œuvres uniques qui feront date et qui tireront l’auteur architecte vers la reconnaissance dans son métier, parmi ses pairs. Avec des réalisations qui marquent le territoire par leur beauté et leur perfection, cet homme de l’art fixe des repères pour les urbains, car il construit aujourd’hui les monuments de demain. Tout est déjà en place pour que cette heureuse alchimie fonctionne. Un texte de loi qui oblige les administrations à avoir recours aux concours, un ordre qui protège les hommes de l’art, des écoles qui forment les talents de demain, des produits et des matériaux à profusion, des entreprises de plus en plus performantes… De plus, la commande est là avec les grands équipements du pays, et les intentions affichées par le Souverain et le gouvernement sont bonnes (cf. l’interview de Monsieur le ministre de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire en page…) Pourtant la profession tarde à fournir la preuve que son rôle est incontournable dans le « mieux vivre ensemble ». Elle s’enlise dans les rouages contraignants d’une administration qui a du mal à faciliter les procédures pour organiser des concours, pour les juger et encore moins pour manifester un désir d’architecture clairement exprimé. Au lieu de s’engager à conseiller les décideurs dans ce sens, l’ordre règle des problèmes davantage liés à la logistique qu’aux règles de l’art. Il semble qu’il ne joue plus son rôle d’émulateur de la recherche créative. Dans sa configuration actuelle, il fait abstraction de la diffusion de la culture et se joint aux grands promoteurs dans un détachement coupable envers la création architecturale. L’Etat se cache derrière l’ingénierie pour gommer toute saillie innovante. Chacun des acteurs du monde du bâtiment accuse l’autre, pour entraver la bonne marche d’un nouveau système encore à installer. En réalité, nul ne sait ce qu’on peut attendre d’un architecte. Même les écoles d’architecture se cantonnent aux bonnes notes en mathématiques pour donner accès aux études. Alors que l’architecte devrait utiliser un langage proche du cinéaste pour diffuser la culture locale dans une scénographie maitrisée, il se voit contraint de résoudre des tracas quotidiens avec son maître d’ouvrage, les entreprises, l’administration et les intervenants de plus en plus nombreux. Le peu de marge de manœuvre dont il dispose affecte son imagination, pousse à la banalité. Alors qu’il est en charge de réfléchir globalement à transmettre ses idées, il bloque au stade de la faisabilité de ses projets.
Ce numéro sur les concours est le troisième que AM produit. C’est dire à quel point l’équipe de rédaction croit à l’amélioration de la production architecturale nationale grâce à la compétition. Dans cette édition, elle propose à ses lecteurs plusieurs points de vue de maîtres d’ouvrage, d’architectes et de programmistes, mais aussi une rétrospective des concours déjà publiés. Cela permet de constater que l’évolution est bel et bien enclenchée au-delà des polémiques soulevées par les confrères dans la presse et les réseaux sociaux. Mais comment convaincre les protagonistes si l’organisation des concours ne se plie pas aux règles élémentaires que sont la rigueur d’un programme, des membres de jury impliqués et issus du secteur, un budget conséquent et des primes encourageantes pour les concurrents ?

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