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ARCHITECTURE DE L’URGENCE CLIMATIQUE

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Le Maroc organise la 22ème Conférence des Nations Unies sur le Changement climatique et reçoit le monde à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016. C’est une merveilleuse occasion de  s’interroger sur le rôle que doit jouer l’architecture dans cette mutation inéluctable de notre monde. Jusqu’ici, la discipline est restée pétrifiée, enfermée dans la terrible idée que nous sommes la dernière génération de cette humanité insouciante, prétentieuse et emprisonnée dans une certaine idée du progrès.
L’architecture a une relation compliquée au climat. Elle est pleine de culpabilité et porte une responsabilité dans la détérioration des territoires. Le développement durable est venu absoudre la pratique architecturale. Il faut vite évacuer cette culture qui a percolé dans le champ architectural au point de devenir un standard, des labels, une notion évidente qui n’est jamais remise en cause. La durabilité, c’est réduire l’empreinte, l’impact pour que notre environnement se dégrade moins vite. Pourtant, il ne faut pas que ça dure, il faut que ça change. Résister au changement, c’est ne pas en prendre la mesure. Paradoxalement, le développement durable s’est inventé dans les territoires qui sont les premiers responsables de la dégradation de la planète, mais qui seront les derniers à le subir. Nous nous devons d’inventer ensemble une nouvelle manière de faire une architecture qui soit en dialogue et pas en résistance avec les climats. Il nous faut repenser notre manière d’habiter la terre et celle de gérer nos communautés. Nous devons inventer un nouveau projet moderne de survie.
Invité comme rédacteur en chef par Selma Zerhouni, directrice de la publication d’Architecture du Maroc, pour concevoir le numéro spécial consacré à la COP22, j’ai voulu que l’on mette en avant des projets, des situations et des trajectoires nouvelles qui font l’effort de penser le climat dans son urgence. Du Brésil au Maroc en passant par la Suisse, nous  montrons des projets qui proposent de nouvelles manières d’habiter la terre et d’être au monde. Une revue rapide de la Biennale de Venise permet de voir que ces préoccupations sont devenues centrales dans la profession. Nous montrons aussi, je l’espère que le Maroc peut être un des grands théâtres de cette réinvention de notre métier. A l’intersection entre l’opulence du Nord et la culture de la rareté du Sud, le Maroc peut redevenir un territoire d’expérimentation radical.

Tarik Oualalou
Rédacteur en chef invité de AM

Mot de la directrice de publication

En abritant l’événement de la COP22 à Marrakech, le Maroc ancre sa vision écologique au cœur d’une problématique mondiale. Je remercie Tarik Oualalou de s’en être fait l’écho, en présentant des architectures novatrices, ouvrant ainsi une fenêtre sur des approches universelles, qui transgressent les géographies.
Ce numéro consigne des projets qui offrent un nouveau souffle en montrant comment l’architecte peut affronter l’avenir en bousculant méthodes et raisonnements. Des propositions engagées qui cherchent à mieux vivre les ressources disponibles de notre planète et protéger les populations les plus fragilisées par les bouleversements climatiques. Au Maroc, les projets de Archibionic, de Salima Naji, de Fouad Serrhini, directeur de l’ADER-Fès, ou les parcs de la région de Fès-Meknès sont autant de contributions différenciées qui nous donnent une indication : l’héritage dont nous disposons toujours en Afrique pourrait devenir un modèle.

Selma Zerhouni