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ET SI L’INNOVATION  C’ÉTAIT LE RETOUR  À LA PIERRE ?

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ARCHITECTE
ELIE MOUYAL

C’est en tout cas la conviction de l’architecte. Elie Mouyal est l’auteur d’une opération immobilière à Walidia « les Jardins de la lagune » constituée d’une centaine de maisons en terrasse sur les flancs d’une colline. Le sommet se présente sous la forme d’un terrain en triangle réputé inconstructible. L’architecte le rachète avec l’idée de construire sur ce petit belvédère une maison forcément hors normes, voire utopique.

Elle s’inscrit en effet dans le cercle inscrit à l’intérieur du triangle… Une tour donc qui devait se prolonger dans la falaise par un aménagement troglodyte. Seulement c’est un trou que croit devoir faire l’entreprise. Qu’importe, il devient la base, le rez-de-chaussée bas de la tour. L’esprit troglodyte sera ainsi préservé.

À ce niveau, se déploient deux chambres et leurs salles de bains, une salle à manger et la cuisine. À l’étage supérieur, le salon et sa cheminée ouvrant sur le jardin et sa piscine, une terrasse tournée sur la lagune. À l’étage suivant, une chambre et sa salle de bains ouverte. Tout en haut une terrasse Mirador est desservie par un escalier extérieur en colimaçon. L’accès à la maison proprement dit s’inscrit dans un cheminement sinueux conduisant à un petit patio couvert.

L’architecte a su ainsi ménager les espaces qui correspondaient à ses besoins mais il lui fallait s’attaquer à la construction qui défiait les normes traditionnelles en libérant le dessin de l’orthogonalité. Heureusement, l’architecte a le temps pour lui, il n’est redevable qu’à lui-même et il peut compter sur une équipe d’artisans avec laquelle il travaille depuis des années.

Le problème de la représentation dans cette géométrie particulière est quasiment insoluble par le dessin. Dans les obliques et les courbes, on perd pied dès qu’il faut passer au concret. Le maçon principal a pendant un mois monté au sens propre du terme une maquette en plâtre d’un mètre de hauteur environ. L’architecte à ses côtés a pu visualiser ce passage à la matière et corriger en creusant le plâtre ici les arcs boutants, là la galerie extérieure. Mais même transportée sur le site, la maquette de plâtre ne suffit pas pour les artisans à visualiser toutes ces formes. On passe donc à une maquette en fil de fer grandeur nature et par tâtonnements successifs, architecte et artisans parviennent à fixer les géométries dans l’espace.

Plus de deux ans ont été nécessaires pour parvenir au résultat final. L’aspect minéral est total : galets de l’Oued, la pierre sciée de Bouskoura, pierre de coquilles d’huitre, et même une baignoire des années vingt en grès émaillé consacrent un art de construire qui, aux yeux de l’architecte, ne devrait pas être révolu.

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