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« LORSQUE JE ME LAISSE ALLER À ÊTRE CE QUE JE SUIS, JE DEVIENS CE QUE JE POURRAIS ÊTRE. » LAO TSEU

Portrait Jamila El hemam

INTERVIEW
JAMILA EL HEMAM

Jamila El Hemam, à la tête de son agence Traces, a mené sa carrière comme elle l’entendait du point de vue architectural en privilégiant le naturel du bioclimatique, du point de vue stratégique en s’associant à une plateforme internationale et en s’adjoignant une spécialité : l’éclairagisme. Histoire d’un parcours mené avec passion et conviction !

Architecture du Maroc
Quelle était la situation de la femme quand vous avez fait vos études et quand vous êtes sortie de l’école ?

Jamila El Hemam
J’ai fait mes études d’architecture à Grenoble et j’ai gardé en tête des moments forts, même si je me suis heurtée à de la résistance de la part de certains enseignants, parce que j’étais une femme et surtout une femme arabe, chose que je n’ai étonnamment jamais ressenti en travaillant au Maroc ou ailleurs.
Quelques-uns de ces enseignants étaient persuadés que j’étais là pour « trouver un mari français et m’établir en France » et ils n’ont jamais envisagé que cette carrière d’architecte je l’avais choisie. Et c’était en France en 1986 !
Maintenant dans notre pays, la situation de la femme architecte a évolué parce qu’on l’a voulu.
Aujourd’hui, on voit de plus en plus de femmes architectes établies et reconnues, qui travaillent dans tous les pays du monde. Les choses ont énormément changé ces quinze dernières années : les femmes ont imposé leur présence, dans cette profession et à l’international, certaines sont lauréates de grand concours d’architecture.
Au Maroc, nous sommes certes plus nombreuses, mais peu présentes sur le terrain, dans des projets importants ou à la tête d’agences d’architecture privées. Mais j’ai confiance, tout n’est que question de temps et de maturité. La profession se féminise de plus en plus. Être une femme et architecte n’a rien de contradictoire. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’étais différente d’un homme. J’ai toujours misé sur la compétence.
AM
Quelles sont les questions qui vous ont particulièrement intéressée ?
JEH

J’ai toujours été respectueuse de notre patrimoine architectural, et de la qualité spatiale de l’architecture locale, naturellement biocli-matique. Dans mes projets, j’ai essayé de retrouver cet équilibre de volumes, de densités assemblés sous la lumière.

Au Maroc, nous sommes certes plus nombreuses, mais
peu présentes sur le terrain, dans
des projets importants ou à la tête
d’agences d’architecture privées.
Mais j’ai confiance,
tout n’est que question
de temps et de maturité.
La profession se féminise de plus en plus.
Être une femme et architecte
n’a rien de contradictoire.

On développe ses capacités,
et l’efficacité qu’on obtient
lorsqu’on réussit à s’entourer
d’un groupe de professionnels
compétents est motivante.

Être éclairagiste
m’a permis de travailler
sur de grands territoires. Les échelles ne sont
pas les mêmes qu’en architecture.
C’est une réflexion
sur la nuit, la qualité nocturne d’un lieu.
Le travail d’éclairagiste
est complémentaire
de mon métier d’architecte. Il me
permet de penser un territoire la nuit,
et aussi de révéler une autre dimension
de l’architecture.